Plan banlieue : des mesures positives mais insuffisantes

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Presse du 27 février 2013

Plan banlieue : des mesures positives mais insuffisantes

Par | mer, 27/02/2013 – 16:29

plan banlieue

Un taux de chômage de 22,7%, un jeune sur 4 sans qualification : la situation dans les quartiers populaires est critique. Pour y faire face, le gouvernement a lancé un plan d’action pour les banlieues. Des mesures sur l’emploi ou l’éducation jugées pourtant insuffisantes par les acteurs associatifs, même si elles vont dans le bon sens d’après le maire d’Aubervilliers.

 

«Où est le droit de vote des étrangers ? La lutte contre le contrôle au faciès ?». Les questions de Mehdi Bigaderne, adjoint au maire de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et membre de l’Association nationale des élus de la diversité (Aneld), sont lourdes d’espérances déçues. Malgré la récente mise en place d’un plan d’action en faveur des quartiers populaires, membres d’associations et élus locaux des banlieues manifestent de plus en plus leur mécontentement. Pourtant, le 19 février dernier le Premier ministre présentait, à l’issue du Comité Interministériel des villes, un plan gouvernemental de 27 mesures rassemblées autour de 5 engagements principaux pour « intégrer dans les politiques publiques les spécificités des banlieues ».
1000 quartiers prioritaires, 2000 emplois francs
Bénéficiant d’un budget constant (505 millions €), le gouvernement prévoit ainsi de resserrer la « géographie prioritaire » en concentrant les moyens financiers sur 1 000, et non plus 2 500 quartiers prioritaires. 2000 «emplois francs» sur une dizaine de sites, 30 % des 150.000 emplois d’avenir promis aux 16-25 ans, 20 % des 170 000 contrats d’insertion dans la vie sociale (Civis) : dans des quartiers où le taux de chômage est 2 fois plus élevé qu’ailleurs (22,7%), l’accent est mis sur l’aide à l’emploi. Autre domaine privilégié : l’éducation. La priorité est ainsi donnée au financement de la scolarisation des moins de 3 ans et à l’embauche de nouveaux enseignants. Concernant le volet urbain, il est prévu de boucler le plan national de rénovation urbaine (PNRU) lancé en 2003 dont le but est de reconstituer des logements sociaux démolis et de désenclaver les quartiers par la création de voirie. Un deuxième plan de rénovation sera mis en place à partir de 2014.
Un plan modeste mais lucide

«Sa force, c’est d’abord qu’il est plus modeste», analyse Didier Lapeyronnie, professeur de sociologie à l’Université de la Sorbonne – Paris IV, spécialiste des villes et des banlieues, contacté par Zaman France. La nouvelle cartographie prioritaire est une bonne chose selon lui puisque «ce qu’il y avait de crédit avait tendance à se défaire et à se dissoudre». Il voit dans ce plan «un rééquilibrage de mesures plus sociales», même s’il estime qu’il «faut aller plus loin en termes de moyens et en termes politiques». L’enjeu reste d’ «amener les autres ministères à agir également».

 

Des mesures sociales insuffisantes
hassan m'barek photo
«Ça me semble léger et à la rigueur, c’est même un peu insultant» : voilà le sentiment de Hassan Ben M’Barek, président du Front des banlieues indépendant (FBI), face à ce plan d’action. Selon lui, le programme gouvernemental n’est pas «à la hauteur des enjeux». Pour le responsable associatif, la priorité dans les banlieues est avant tout l’emploi. Or, sur ce point les mesures sont jugées «insuffisantes». Il faudrait ainsi, selon l’acteur associatif, « arrêter de subventionner des projets de centre social et essayer de créer des locaux et des pépinières pour qu’il y ait un vrai dynamisme qui se crée dans les banlieues, à travers la libre entreprise ». Allant jusqu’à dire que «dans les faits, il n’y a pas de plan banlieue avec M. Hollande».
«Mieux tenir compte de la situation sociale des habitants»

 

jacques salvator
Le maire socialiste d’Aubervilliers, Jacques Salvator, confie quant à lui à Zaman que «dans les circonstances actuelles», ce plan «va dans la bonne direction». Il souligne notamment le lancement des emplois francs, «une expérimentation légitime». Mais le maire regrette qu’il n’y ait «pas encore suffisamment de précision en ce qui concerne les cibles sociologiques de la politique de la ville» : étrangers, familles monoparentales, sortants de prison, autant de situations sociales qui nécessitent des accompagnements spécifiques.